Il nous a semblé nécessaire de partager ce que la Bible dit sur la femme, sa dignité, son appel et sa place dans l’Église.
Cela ne devrait pas être nécessaire. Mais des siècles de traditions mal fondées, portées par des interprétations insuffisamment éclairées par les langues originales, nous y obligent. Leurs conséquences ont été douloureuses – humainement et spirituellement.
Pourtant, quand on ouvre la Bible sans préjugés, un tout autre portrait se dessine. La femme y apparaît comme l’égale de l’homme dès la création, comme une collaboratrice indispensable dans l’œuvre de Dieu, et comme une destinataire à part entière de tous les dons de l’Esprit.
Comment expliquer le décalage ? Les traductions ne restituent pas toujours la profondeur du grec ou de l’hébreu. Des nuances s’effacent. Des interprétations divergentes naissent. Et peu à peu, le regard porté sur la femme se trouve tronqué.
Ainsi, nous croyons que ce n’est pas la Bible qui a relégué les femmes, mais des lectures qui n’ont pas toujours rendu compte de la richesse des textes originaux. D’autres chrétiens sincères lisent les mêmes textes et arrivent à des conclusions différentes. Ce chapitre expose notre lecture – honnêtement, rigoureusement, et avec le souci de laisser la Parole rétablir ce qui a été déformé.
I. LE FONDEMENT DANS LE NOUVEAU TESTAMENT
Observons ce que le Nouveau Testament affirme à propos de la femme. Non pas en marge, non pas implicitement – mais frontalement, et dès les textes fondateurs.
La femme est l’égale de l’homme
Galates 3:28 : Il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.
C’est l’une des affirmations les plus radicales de tout le Nouveau Testament. Dans un monde où les femmes étaient juridiquement et socialement inférieures, Paul efface la distinction comme critère de valeur ou d’accès devant Dieu.
La femme est cohéritière du Royaume de Dieu comme les hommes
Romains 8:17 : Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ…
Pierre le confirme sans ambiguïté :
1 Pierre 3:7 (Extrait) : …honorez-les (femmes), comme devant aussi hériter avec vous de la grâce de la vie…
La femme ne reçoit pas un héritage réduit, ou conditionnel. Elle est cohéritière – au même titre, dans la même plénitude.
Elle est sœur de Jésus, comme l’homme est Son frère.
Matthieu 12:50 : Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère.
Jésus lui-même pose ici une équivalence totale. La femme fidèle n’est pas une disciple de second rang : elle est Sa sœur.
Et les hommes sont appelés à la regarder comme supérieure à eux-mêmes
Philippiens 2:3 : Ne faites rien par esprit de rivalité ou par vaine gloire, mais que, dans l’humilité, chacun regarde les autres comme étant au-dessus de lui-même.
Ce verset ne fait pas exception pour les femmes. Il s’applique dans les deux sens – frères envers sœurs, sœurs envers frères.
Avant même d’ouvrir l’Ancien Testament, avant même d’examiner les cas particuliers ou les passages difficiles, le Nouveau Testament pose un fondement clair. La femme chrétienne est l’égale de ses frères en dignité, en héritage et en appel. Là où Dieu appelle, aucune barrière humaine ne devrait subsister.
II. LE FONDEMENT DANS L’ANCIEN TESTAMENT : LA FEMME, L’ÉGALE DE L’HOMME DÈS LA CRÉATION
Le Nouveau Testament pose le fondement. Mais ses racines plongent bien plus loin – jusqu’aux premiers mots de la Genèse.
La femme, image de Dieu dès l’origine
Genèse 1:27 : Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu ; il créa l’homme et la femme.
Le texte ne laisse aucune ambiguïté. L’homme et la femme sont créés ensemble, dans le même souffle, à la même image. Le texte ne pose aucune hiérarchie de valeur entre l’homme et la femme. Ce que Dieu imprime en l’un, Il l’imprime en l’autre.
Retenons ceci : la dignité de la femme n’est pas dérivée de celle de l’homme. Elle vient directement de Dieu.
Ézer kenegdo : bien plus qu’une aide
Genèse 2:18 : L’Éternel Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui (ézer kenegdo).
L’expression hébraïque est עֵזֶר כְּנֶגְדּוֹ – ézer kenegdo. Elle mérite qu’on s’y arrête, car sa traduction habituelle l’appauvrit considérablement.
Ézer (עֵזֶר) : secours, aide puissante. Ce mot n’évoque pas une assistante effacée. Il désigne une force qui intervient, qui relève, qui soutient. Et le point est décisif : c’est le même mot que la Bible utilise pour désigner Dieu Lui-même.
Psaume 33:20 : Notre âme espère en l’Éternel ; Il est notre secours (ézer) et notre bouclier.
Kenegdo (כְּנֶגְדּוֹ) : vis-à-vis, correspondant, égal. Littéralement : « comme en face de lui ». Non pas en dessous, non pas derrière mais en face. Un partenaire qui lui fait face, qui lui correspond, qui est à sa hauteur.
Autrement dit Dieu ne crée pas pour l’homme une subordonnée. Il lui crée une égale – puissante, indispensable, irremplaçable.
Si le mot ézer est suffisamment fort pour décrire Dieu secourant Israël, il est suffisamment fort pour décrire la femme dans toute sa dignité.
Une vision fondatrice
Dès la création, la Bible pose une alliance entre égaux. Pas une hiérarchie de valeur. Pas une relation de domination. Une complémentarité entre deux êtres qui portent ensemble l’image de Dieu dans le monde.
L’appel de Dieu ne connaît pas de restriction humaine. Cette vérité, inscrite dès la Genèse, sera restaurée et amplifiée en Jésus-Christ – comme nous allons le voir.
III. LES FEMMES DE LA BIBLE
Les fondements sont posés. Mais la Bible ne se contente pas de principes – elle nous donne des visages. Des femmes réelles, appelées par Dieu, qui ont exercé des ministères réels dans l’Église et dans l’œuvre de Dieu.
En voici le tableau – non exhaustif, mais suffisamment éloquent pour que la conclusion s’impose d’elle-même.
A. Dans l’Ancien Testament
Miriam – prophétesse et leader (Exode 15:20-21 ; Michée 6:4) Elle dirige le chant de victoire après la traversée de la Mer Rouge. Mais ce qui est souvent ignoré, c’est que Dieu Lui-même la place aux côtés de Moïse et d’Aaron pour conduire Israël : « Je t’ai fait monter du pays d’Égypte… et j’ai envoyé devant toi Moïse, Aaron et Miriam » (Michée 6:4). Trois leaders dont une femme.
Débora – prophétesse et juge d’Israël (Juges 4:4-5) Juge officielle d’Israël. Elle ne conseille pas depuis l’ombre – elle convoque l’armée, donne l’ordre divin de guerre, et compose le cantique inspiré de Juges 5. Son autorité est totale, reconnue, et d’origine divine.
Hulda – prophétesse (2 Rois 22:14-20) Quand le roi Josias découvre le livre de la Loi, c’est à elle qu’il envoie ses délégués – dont le grand prêtre – pour en recevoir l’interprétation. Sa parole fait autorité au plus haut niveau de l’État et du culte. Il existe des prophètes hommes à Jérusalem à cette époque. Dieu choisit néanmoins Hulda.
La femme d’Ésaïe – prophétesse (Ésaïe 8:3) Elle est explicitement titrée « prophétesse ». Son rôle est actif : elle enfante des fils qui sont eux-mêmes des signes prophétiques vivants, participant directement à la révélation divine.
Retenons que dans l’Ancien Testament, des femmes ont gouverné, prophétisé et fait autorité – non par exception, mais par appel divin explicite.
B. Dans le Nouveau Testament
Élisabeth (Luc 1:41-45) Prophétise sur Marie et sur Jean-Baptiste sous l’onction directe du Saint-Esprit. C’est elle qui, la première, reconnaît et proclame la mère du Seigneur.
Anne (Luc 2:36-38) Prophétesse au ministère public et reconnu. Elle proclame au temple la venue du Rédempteur – à quiconque attendait la délivrance de Jérusalem.
Les quatre filles de Philippe (Actes 21:8-9) Ministère prophétique actif et reconnu dans l’Église primitive. Leur existence illustre l’accomplissement de la promesse de la Pentecôte :
Actes 2:17-18 : Je répandrai de mon Esprit sur toute chair… vos fils et vos filles prophétiseront.
Dès l’origine, l’Esprit est répandu sans distinction de genre. Ce n’est pas une tolérance – c’est une promesse.
Phoebé – diacre (Romains 16:1-2)
Romains 16:1-2 : Je vous recommande Phoebé, notre sœur, qui est diaconesse (διάκονος) de l’Église de Cenchrées… car elle a été elle-même une protectrice (προστᾶτις) pour beaucoup et pour moi-même.
Deux points méritent attention. Le grec utilise διάκονος – diakonos – le même titre que Paul s’attribue à lui-même (1 Corinthiens 3:5) et qu’il donne au Christ (Romains 15:8). Ce n’est pas un titre mineur. Et le mot προστᾶτις (protectrice) peut désigner une bienfaitrice, mais son sens le plus fort – retenu par de nombreux exégètes – est celui de dirigeante, de celle qui se tient en avant. Paul reconnaît son autorité.
Priscille – enseignante (Actes 18:26 ; Romains 16:3) Elle enseigne Apollos – un érudit, décrit comme « versé dans les Écritures » – et le forme plus exactement dans la foi. Elle est explicitement appelée collaboratrice de Paul. Notons que dans quatre des six mentions du couple Priscille-Aquilas dans le Nouveau Testament, son nom apparaît en premier. Un détail qui n’est pas anodin dans la culture antique.
Junia – apôtre (Romains 16:7)
Romains 16:7 : Saluez Andronicus et Junia… qui sont remarquables parmi les apôtres.
Paul la reconnaît comme apôtre. C’est la conclusion de la majorité des exégètes contemporains. Deux précisions renforcent cette lecture : tous les manuscrits anciens lisent « Junia » – un nom féminin – et ce n’est que tardivement que certains copistes ont masculinisé le nom en « Junias », forme qui n’existe par ailleurs nulle part dans la littérature grecque ancienne. Le débat sur le sens exact de « remarquables parmi les apôtres » est réel, mais il ne remet pas en cause le fait que Paul associe une femme au cercle apostolique.
Tryphène, Tryphose et Perside (Romains 16:12) Paul les désigne comme des ouvrières dans l’œuvre du Seigneur – le même terme qu’il utilise pour ses collaborateurs masculins. Leur service est officiel, laborieux, et reconnu.
Marie (Romains 16:6) Elle a « beaucoup travaillé » pour l’Église. L’expression est forte dans le grec. Elle implique un effort soutenu et significatif.
En d’autres termes : Romains 16 à lui seul est une galerie de femmes en ministère actif. Ce n’est pas une liste de remerciements polis, c’est la reconnaissance publique d’un apostolat partagé.
Les femmes au tombeau – premières messagères (Matthieu 28:1-10) Chargées par l’ange, puis par Jésus Lui-même, d’annoncer la résurrection aux apôtres. Elles sont les premiers témoins du fait central de la foi chrétienne – et les premiers à en porter la nouvelle. Dans la tradition chrétienne ancienne, Marie de Magdala sera appelée apostola apostolorum : apôtre des apôtres. Car elle fut la première à proclamer que Christ est vivant.
Les femmes qui suivaient Jésus (Luc 8:1-3 ; Jean 20:17-18) Luc mentionne Marie de Magdala, Jeanne, Suzanne et « plusieurs autres » qui accompagnaient Jésus et l’assistaient de leurs biens. Elles ne sont pas spectatrices. Elles participent concrètement à la mission.
C. La Samaritaine : La Première Évangéliste
Mais c’est peut-être dans l’histoire de la Samaritaine que la vision de Jésus apparaît avec le plus d’éclat.
1. Une rencontre transgressive (Jean 4:1-9) Jésus s’adresse à une femme samaritaine – en public, seul à seule. Double transgression : les Samaritains étaient méprisés des Juifs, et les rabbins évitaient tout contact public avec les femmes. Ce simple geste est déjà une déclaration.
2. La révélation messianique (v. 25-26) Elle dit : « Je sais que le Messie vient… quand il viendra, il nous annoncera toutes choses. » Jésus répond : « Je le suis, moi qui te parle. » Dans tout l’Évangile de Jean, c’est la première fois que Jésus affirme explicitement être le Messie. Il choisit de faire cette révélation capitale non à un grand prêtre, non à un docteur de la Loi, mais à une femme samaritaine de mauvaise réputation.
3. L’envoi en mission (v. 28-30, 39) La Samaritaine laisse sa cruche. Elle retourne en ville. Elle annonce : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-ce point le Christ ? » Celle qui fuyait la communauté en devient la voix. Et le texte précise : « Plusieurs Samaritains crurent en Jésus à cause de la parole de la femme. » Ce n’est pas du témoignage, c’est de l’évangélisation.
Jésus n’a pas attendu que les conditions soient favorables pour confier Sa révélation à une femme. Il l’a fait délibérément, souverainement, en brisant toutes les barrières à la fois ethniques, morales, sociales et de genre.
Retenons ceci : Que ce soit dans l’Ancien Testament ou dans le Nouveau, le constat est le même : Dieu appelle et utilise les femmes comme les hommes, avec la même souveraineté et la même grâce.
Cette révolution initiée par Jésus ne s’est pas arrêtée avec les apôtres. Elle s’est poursuivie – souvent malgré les résistances – tout au long de l’histoire de l’Église.
IV. LES FEMMES DANS L’HISTOIRE DE L’ÉGLISE
La Bible nous donne des principes et des visages. L’histoire de l’Église en ajoute d’autres.
L’histoire ne crée pas la doctrine. Mais elle révèle comment Dieu agit malgré les résistances humaines.
Cette section n’est donc pas un argument exégétique supplémentaire. C’est un témoignage – celui de la continuité souveraine de Dieu, qui a continué d’appeler et d’équiper des femmes, siècle après siècle, souvent malgré les résistances de l’institution qu’elles servaient.
Les profils qui suivent sont volontairement variés : martyres, théologiennes, réformatrices, prédicatrices, missionnaires. Car l’appel de Dieu ne se limite pas à une seule forme de ministère. Cette liste n’est est pas exhaustive mais elle est suffisante.
ÉGLISE PRIMITIVE ET MOYEN ÂGE
Perpétue et Félicité – martyres († 203) Jeunes femmes de Carthage, elles refusent de renier leur foi malgré la torture et la pression familiale. Perpétue tient un journal de sa captivité – l’un des plus anciens écrits chrétiens rédigés par une femme. Elles meurent dans l’arène. Leur courage ébranle l’Empire.
Macrine la Jeune – théologienne († 379) Sœur aînée de Basile de Césarée et de Grégoire de Nysse – deux des plus grands théologiens de l’histoire. Son frère Grégoire la décrit comme leur maîtresse spirituelle. Elle fonde une communauté monastique et développe une pensée théologique que ses frères reconnaissent comme formatrice.
Monique – intercession et influence spirituelle († 387) Mère d’Augustin. Pendant des années, elle prie et exhorte sans relâche. Augustin attribuera lui-même sa conversion à sa foi tenace. Derrière l’un des plus grands théologiens de l’Occident chrétien, une femme qui n’a pas renoncé.
Geneviève de Paris – leader et intercesseure († v. 502) Quand Attila menace Paris, c’est elle qui organise la résistance spirituelle de la ville. Son autorité est reconnue des autorités civiles et religieuses. Paris ne tombe pas.
PÉRIODE MODERNE
Thérèse d’Avila – réformatrice et docteur de l’Église (1515-1582) Elle réforme l’ordre du Carmel contre des résistances considérables, fonde dix-sept monastères, et produit une œuvre mystique et théologique d’une profondeur rare. En 1970, elle devient l’une des premières femmes déclarées Docteur de l’Église catholique. Le titre n’est pas honorifique, il reconnaît l’autorité de son enseignement pour toute l’Église.
Susanna Wesley – « mère du méthodisme » (1669-1742) Mère de dix-neuf enfants, dont John et Charles Wesley. Elle forme, instruit, exhorte, et commence à tenir des réunions spirituelles dans sa propre maison qui rassemblent jusqu’à deux cents personnes. Quand son fils John hésite à lui reconnaître une autorité spirituelle, elle lui répond avec une clarté désarmante. Le méthodisme ne se comprend pas sans elle.
Anne Hutchinson – dirigeante spirituelle (1591-1643) Dans la Nouvelle-Angleterre puritaine, elle anime des réunions bibliques hebdomadaires qui attirent des dizaines de personnes – hommes et femmes. Jugée et bannie pour avoir enseigné sans autorisation masculine, elle reste l’une des premières voix à revendiquer la liberté de conscience en Amérique.
ÈRE DES RÉVEILS ET PÉRIODE CONTEMPORAINE
Sojourner Truth – abolitionniste et évangéliste (1797-1883) Ancienne esclave, elle parcourt les États-Unis pour prêcher l’Évangile et l’abolition de l’esclavage. Sa voix est puissante, son témoignage dévastateur, son courage sans faille. Elle prêche devant des foules hostiles. Elle ne se tait pas.
Catherine Booth – cofondatrice de l’Armée du Salut (1829-1890) Théologienne autodidacte, elle publie dès 1859 un traité défendant le droit des femmes à prêcher – « Female Ministry » – solidement ancré dans l’Écriture. Avec son mari William, elle fonde l’Armée du Salut, qui intègre dès l’origine l’égalité de ministère entre hommes et femmes. Elle prêche elle-même devant des milliers de personnes.
Amy Carmichael – missionnaire (1867-1951) Elle part en Inde et y consacre cinquante-cinq ans de sa vie sans jamais rentrer. Elle fonde une communauté qui accueille des enfants arrachés à la prostitution des temples. Elle écrit trente-cinq livres. Elle ne cherche ni reconnaissance ni titre – seulement l’obéissance.
Kathryn Kuhlman – évangéliste et ministre de guérison (1907-1976) Pendant plus de trente ans, elle anime des cultes de guérison qui attirent des dizaines de milliers de personnes à travers les États-Unis. Ses réunions sont documentées, ses témoignages vérifiés par des médecins. Elle ne revendique rien pour elle-même – elle répète inlassablement : « Ce n’est pas moi. C’est le Saint-Esprit. » Théologiens et sceptiques se retrouvent désarmés par ce qu’ils observent.
Ce cas est théologiquement significatif. Ses détracteurs ne pouvaient pas nier les faits – ils ne pouvaient que contester la légitimité de l’instrument. Mais en faisant cela, ils se heurtaient à une question qu’il est difficile d’esquiver : si Dieu n’autorise pas les femmes à exercer ce ministère, pourquoi confirme-t-il celui-ci avec une telle puissance ?
Corrie ten Boom – évangéliste et rescapée (1892-1983) Rescapée des camps de concentration nazis, où elle avait été déportée pour avoir caché des Juifs. Elle parcourt ensuite le monde entier pour proclamer le pardon et la grâce. Son message, né de l’horreur, touche des millions de personnes. Elle prêche jusqu’à ses quatre-vingt-cinq ans.
Mère Teresa – missionnaire de la charité (1910-1997) Elle quitte le couvent pour aller vers les plus pauvres des pauvres dans les rues de Calcutta. Elle fonde une congrégation présente dans plus de cent trente pays. Prix Nobel de la Paix en 1979. Son autorité morale et spirituelle est reconnue par les chefs d’État comme par les sans-abri.
Des siècles. Des continents. Des contextes radicalement différents. Et pourtant, un même fil : Dieu appelle. Les femmes répondent. Et l’Église avance.
Ces femmes ont dû faire face, non seulement aux persécutions inhérentes au ministère, mais aussi à des résistances venues de l’intérieur même de l’Église.
Là où des portes ont été fermées par des interprétations que nous croyons insuffisantes, Dieu a continué d’appeler. Et celles qui ont répondu à cet appel – avec humilité et discernement – ont souvent vu Dieu confirmer leur ministère.
V. EXAMEN DES PASSAGES SOUVENT INVOQUÉS
Tout ce que nous venons de voir – les fondements bibliques, les femmes de l’Écriture, les siècles d’histoire – pourrait sembler suffisant. Mais il resterait incomplet sans une réponse honnête aux passages que l’on nous opposera.
Certains passages bibliques sont régulièrement invoqués pour limiter le ministère des femmes. Ils méritent une réponse sérieuse – non pas esquivée, non pas minimisée, mais examinée avec toute la rigueur que le texte original exige.
Nous les abordons ici un par un, en consultant les langues originales et en restituant leur contexte historique, littéraire et théologique.
Car une objection mal répondue reste une objection.
A. 1 Corinthiens 14:34-36 – Le « silence » des femmes ? Une citation à réfuter
1. Le texte et le problème
34 que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de parler ; mais qu’elles soient soumises, comme le dit aussi la loi.
35 Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leur mari à la maison ; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église.
36 Est-ce de chez vous que la parole de Dieu est sortie ? ou est-ce à vous seuls qu’elle est parvenue ?
À première lecture, ce passage semble imposer un silence absolu aux femmes dans l’Église. Cette interprétation entre en contradiction frontale avec le même apôtre Paul qui, quelques chapitres plus tôt, reconnaît et réglemente le fait que les femmes « prient et prophétisent » en public (1 Corinthiens 11:5), ce qui implique nécessairement qu’elles parlent.
2. La clé du passage : le verset 36, une objection rhétorique
La résolution de cette contradiction apparente réside dans une analyse serrée du verset 36. Celui-ci commence par la particule grecque Ἢ (Ē), qui signifie « Ou ». Dans la rhétorique grecque, et particulièrement chez Paul, cette particule introduit une objection indignée, une protestation ou une réfutation cinglante.
C’est un procédé que Paul emploie à plusieurs reprises dans cette même lettre pour repousser une idée fausse :
1 Corinthiens 6:2 « Ou (Ē) ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? » (reproche)
1 Corinthiens 6:9 « Ou (Ē) ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point le royaume de Dieu ? » (reproche)
1 Corinthiens 6:16 « Ou (Ē) ne savez-vous pas que celui qui s’attache à la prostituée est un seul corps avec elle ? » (reproche)
1 Corinthiens 9:6 « Ou (Ē) sommes-nous les seuls, Barnabas et moi, à n’avoir pas le droit de ne point travailler ? » (objection)
À chaque fois : Ἢ introduit un reproche, une correction, un renversement. Le verset 36 suit exactement ce modèle. Paul n’est donc pas en train de poursuivre son argumentation des versets 34-35 ; il est en train de le retourner, de s’y opposer avec une sévérité non dissimulée.
3. Structure et interprétation
La dynamique du passage devient alors la suivante :
Versets 34-35 : Paul cite une règle en vigueur à Corinthe – peut-être tirée d’une lettre qu’ils lui ont envoyée (cf. 1 Corinthiens 7:1), peut-être propagée par de faux docteurs.
Puis au verset 36 : Paul la réfute avec une indignation à peine voilée. Paraphrase : « Non mais – est-ce de chez vous que la Parole de Dieu est originaire ? Seriez-vous les seuls à l’avoir reçue ? Qui vous a donné l’autorité d’imposer de telles règles ? »
Cette lecture est défendue par de nombreux exégètes contemporains de renom : N.T. Wright, Lucy Peppiatt, Kirk MacGregor, Gilbert Bilezikian, Kenneth E. Bailey, Scot McKnight.
N.T. Wright : « Il semble plus probable que Paul cite ici une position corinthienne qu’il va ensuite contester vigoureusement. »
Lucy Peppiatt : « Le Ἢ du verset 36 fonctionne comme une particule d’indignation rhétorique, signalant que Paul rejette catégoriquement ce qui vient d’être énoncé. »
4. Pourquoi la King James ajoute « What? »
Dans la King James Version 1611, le verset est traduit ainsi :
« What? came the word of God out from you? or came it unto you only? »
Le mot « What? » n’existe pas dans le grec. Il n’y a pas non plus de signe oublié en entête du passage biblique, comme nous l’entendons parfois, qui pourrait être traduit par « What » et que la King James aurait découvert. Les traducteurs l’ont ajouté pour rendre le ton d’indignation que transporte Ἢ, impossible à traduire littéralement en anglais.
Ainsi, même la version King James de 1611 reconnaît que le verset 36 est une réponse corrective, pas une simple continuation.
5. L’argument grammatical de μόνονς (monous)
Ce détail grammatical du verset 36 est important : μόνους modifie ὑμᾶς (vous), et il est au masculin pluriel. Deux lectures sont possibles :
Générique : « vous seuls » (le masculin étant utilisé pour le groupe mixte, usage courant).
Spécifique : « vous, les hommes, seuls. » – Paul s’adresserait alors précisément aux hommes corinthiens qui ont imposé cette règle, leur reprochant leur arrogance.
Dans les deux cas, le sens du passage ne change pas. Paul réfute. Il ne légifère pas.
6. Conclusion sur 1 Corinthiens 14
Sur la base de cette analyse, il nous semble que ce passage ne commande pas aux femmes de se taire dans toutes les Églises. Nous pensons que Paul cite ici une affirmation abusive circulant à Corinthe, et la réfute. C’est la lecture que défendent de nombreux exégètes contemporains, même si d’autres maintiennent une interprétation différente.
B. 1 Timothée 2:11-12 – Enseigner et « prendre autorité » : Une mesure pastorale contextuelle
1. Le texte et son contexte immédiat
11 Que la femme apprenne (manthanetō) dans le calme (hēsychia), en toute soumission.
12 Je ne permets pas à une femme d’enseigner ni de prendre autorité (authentein) sur l’homme ; mais qu’elle demeure dans le calme. » (1 Timothée 2:11-12)
À première lecture, ce passage semble interdire aux femmes d’enseigner et d’exercer toute autorité sur un homme. C’est l’un des textes les plus cités dans ce débat. Il mérite donc une attention particulière et une lecture précise.
Commençons par le contexte. Ce n’est pas un détail – c’est la clé.
L’Église d’Éphèse traverse une crise doctrinale majeure. Paul mentionne des « fables et généalogies sans fin » (1 Timothée 1:4), des « discours creux et impies » (1 Timothée 6:20). Et surtout : il souligne que de « faibles femmes » sont particulièrement ciblées et égarées par de faux docteurs (2 Timothée 3:6-7). Le climat est à la confusion et aux conflits (1 Timothée 2:8).
Paul n’écrit pas dans le calme d’une réflexion théologique abstraite. Il écrit en situation de crise, à un jeune pasteur confronté à des problèmes concrets et urgents.
2. Analyse grammaticale des termes clés
Trois mots grecs sont décisifs dans ce passage. Ils changent tout.
ἡσυχία (hēsychia) ne signifie pas « silence total » mais « attitude paisible » – le même mot que Paul utilise pour tous les chrétiens au verset 2.
μανθανέτω (manthanetō) – « qu’elle apprenne » – est en soi révolutionnaire : dans le monde antique, l’instruction religieuse était réservée aux hommes. Paul l’ouvre aux femmes. C’est un commandement d’inclusion, non d’exclusion.
αὐθεντεῖν (authentein) – « prendre autorité » C’est le terme le plus important et le plus mal traduit.
Ce verbe n’apparaît qu’une seule fois dans tout le Nouveau Testament. C’est ce que les linguistes appellent un hapax legomenon. Cette rareté est frappante : elle nous oblige à consulter l’usage du mot dans la littérature grecque contemporaine de Paul – et c’est là que la connotation négative apparaît.
Les mots grecs habituels pour désigner une autorité légitime sont ἐξουσία (exousia) ou προΐστημι (proïstēmi). Paul ne les utilise pas ici. Il choisit authentein – un mot qui, dans la littérature grecque du Ier siècle, pouvait signifier : dominer de manière despotique, usurper une autorité qui n’est pas la sienne, voire commettre un acte de violence.
Le lexique de référence BDAG note qu’authentein désigne une autorité exercée de manière indépendante et sans contrôle. Le spécialiste Leland Wilshire, dans une étude exhaustive des occurrences du terme (Tyndale Bulletin, 1988), conclut que le mot porte fréquemment une connotation de domination unilatérale ou d’usurpation – non d’autorité légitime et partagée.
Autrement dit : Paul ne dit pas « Je n’autorise pas une femme à exercer une autorité légitime. » Il dit : « Je n’autorise pas une femme à usurper l’enseignement et à dominer l’homme de manière abusive. »
La distinction est réelle – et elle change considérablement la portée du texte.
3. Une mesure temporaire, non une loi universelle
Cette interprétation est confirmée par la pratique même de Paul, qui, partout ailleurs, reconnaît et encourage le ministère des femmes :
- Priscille enseigne Apollos, un érudit (Actes 18:26).
- Les femmes prophétisent en public (1 Corinthiens 11:5).
- Phoebé est diacre (Romains 16:1).
- Junia est apôtre (Romains 16:7).
- Paul appelle plusieurs femmes ses collaboratrices (Romains 16).
Un Paul qui interdirait absolument et universellement aux femmes d’enseigner ou d’exercer une autorité se contredirait lui-même de manière flagrante.
Ce que Paul semble faire ici, c’est gérer un problème local et urgent : des femmes mal instruites, ciblées par de faux docteurs, qui propagent des erreurs en cherchant à imposer leur point de vue de manière autoritaire – authentein. Son injonction est selon nous, une mesure pastorale de protection – pour l’Église, et pour ces femmes elles-mêmes – le temps qu’elles soient correctement formées. C’est précisément pourquoi il commence par : « qu’elle apprenne ».
Gardons ceci en tête : 1 Timothée est une lettre pastorale, non un traité de théologie systématique. Paul ne légifère pas pour l’éternité – il soigne une Église blessée.
4. L’argument de la création : une objection prise au sérieux
Une objection sérieuse doit être abordée franchement. Les versets 13-14 semblent ancrer l’instruction non dans une situation locale, mais dans l’ordre même de la création : « Car c’est Adam qui a été formé le premier, puis Ève ; et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression. » Un lecteur attentif dira : Paul ne parle plus d’Éphèse, il parle de la Genèse – comment maintenir alors que l’instruction est purement contextuelle ?
Trois éléments de réponse s’imposent.
D’abord, Paul utilise des références à la création de manière argumentative et contextuelle ailleurs dans ses lettres – notamment en 1 Corinthiens 11:8-9, où il cite également la création pour répondre à un problème local précis, sans que personne n’en tire une règle universelle permanente.
Ensuite, le recours à Adam et Ève dans ce passage correspond exactement au problème visé à Éphèse : des femmes séduites par de faux docteurs, tout comme Ève l’avait été. Paul ne pose pas un principe hiérarchique universel – il établit un parallèle typologique pour renforcer son avertissement pastoral.
Enfin, le verset 15 qui suit immédiatement (« elle sera sauvée en mettant des enfants au monde ») est lui-même difficile à lire comme une règle universelle et permanente – ce qui invite à la prudence avant de faire des versets 13-14 un absolu théologique.
5. Conclusion
Ce texte ne peut pas être utilisé pour interdire universellement aux femmes d’enseigner ou d’exercer une autorité dans l’Église.
Il témoigne d’une décision pastorale sage, prise dans une situation de crise doctrinale précise, pour protéger une communauté fragilisée. Une décision temporaire, ancrée dans un contexte – non une loi gravée dans le marbre pour toutes les Églises de tous les temps.
Là où Dieu appelle, aucune barrière humaine ne devrait subsister. Et ce passage – bien lu – n’en pose aucune.
C. 1 Pierre 3:1-4 – Le témoignage par la conduite : Une stratégie missionnaire conjugale
1. Le texte dans son contexte
v1 De même, vous, femmes, soyez soumises (hypotassesthe) à vos maris, afin que, même si quelques-uns n’obéissent pas à la parole, ils soient gagnés sans parole par la conduite de leurs femmes, v2 en voyant votre conduite pure et respectueuse. … v4 Mais … que la parure soit … la beauté intérieure, celle d’un esprit doux et paisible, qui est d’un grand prix devant Dieu (1 Pierre 3:1-4).
Ce passage est souvent isolé pour prescrire un rôle passif et silencieux aux femmes. C’est une lecture incomplète qui manque l’essentiel.
Le point de départ est décisif : Pierre s’adresse ici à des femmes chrétiennes mariées à des maris non-croyants. Ce n’est pas une instruction générale sur la place des femmes dans l’Église. C’est une stratégie missionnaire conjugale, dans une situation précise.
En résumé : ce texte ne parle pas du ministère des femmes. Il parle de l’évangélisation des maris incrédules.
2. Clarification des concepts
a) ὑποταγή (hypotagē) – « soumission » : Le mot grec ne désigne pas une infériorité ontologique, ni une soumission imposée par la force. Il décrit une attitude volontaire de respect et de coopération – librement choisie, motivée par un objectif missionnaire explicite : « afin que… ils soient gagnés. » C’est une posture stratégique, non une servitude.
b) κερδηθῶσιν ἄνευ λόγου – « gagnés sans parole » : L’accent n’est pas sur le silence – il est sur la puissance du témoignage existentiel. Pierre ne dit pas que les femmes doivent se taire en général. Il dit que face à un mari incrédule qui pourrait rejeter un prêche direct, la cohérence d’une vie chrétienne authentique a un pouvoir de conviction que les arguments seuls ne peuvent pas atteindre.
Autrement dit : ce n’est pas une limitation. C’est une tactique missionnaire d’une redoutable efficacité.
c) πνεύματι πραΰτητος καὶ ἠρεμίας – « un esprit doux et paisible » : Cette qualité intérieure est présentée comme « d’un grand prix devant Dieu ». La douceur et la paix sont des caractéristiques du Fruit de l’Esprit. Ce donc n’est pas de la passivité, c’est de la force. La douceur choisie face à l’opposition, la paix intérieure qui rayonne alors que tout pousse à la défense de soi. Pierre valorise ici une puissance spirituelle réelle.
3. Ce que l’on omet presque toujours : le verset 7
Ce qui est systématiquement omis dans les citations de ce passage, c’est ce qui vient immédiatement après. Pierre ne s’arrête pas aux femmes. Il se retourne vers les maris avec la même exigence.
1 Pierre 3:7 : Vous, maris, de même, vivez avec elles avec compréhension, comme avec un être plus faible, en leur rendant honneur, puisqu’elles sont aussi héritières avec vous de la grâce de la vie (synklēronomoi).
Trois observations s’imposent :
Première observation : le verset commence par « de même » – ὁμοίως – le même mot qui introduit l’exhortation aux femmes au verset 1. Pierre établit une symétrie délibérée. Les deux exhortations ont le même poids, la même structure, la même autorité.
Deuxième observation : synklēronomoi signifie littéralement « cohéritières » – participantes au même héritage, dans la même plénitude. L’épouse ne reçoit pas un héritage réduit ou conditionnel. Elle est cohéritière, au même titre que son mari.
Troisième observation : les maris sont appelés à « rendre honneur » à leur femme. Non pas la tolérer, non pas la diriger – l’honorer. Ce commandement repose explicitement sur l’égalité spirituelle fondamentale que Pierre vient d’affirmer.
En résumé : Pierre demande aux femmes une attitude missionnaire envers leurs maris incrédules, et aux maris une attitude d’honneur envers leurs épouses cohéritières. Ce n’est pas une hiérarchie – c’est une réciprocité.
4. Conclusion
Ce passage ne prescrit pas un rôle passif aux femmes dans l’Église. Il décrit une stratégie missionnaire puissante et active dans un contexte conjugal très spécifique.
La soumission dont parle Pierre n’est pas une capitulation. C’est un choix délibéré, motivé par l’amour et orienté vers la mission. Et ce choix est immédiatement équilibré par une exhortation tout aussi exigeante adressée aux maris.
Ce texte, bien lu, ne ferme aucune porte. Il ouvre une stratégie.
D. 1 Corinthiens 11:1-16 – Ordre, symbole et réciprocité
Ce passage est souvent invoqué pour établir une hiérarchie durable entre l’homme et la femme. Une lecture attentive du texte, dans son contexte, conduit à une conclusion différente : Paul n’y restreint pas le ministère des femmes, mais en encadre l’exercice dans une situation culturelle précise, tout en affirmant une profonde réciprocité entre les sexes.
1. Les femmes prient et prophétisent en public
Commençons par ce que le texte dit explicitement – et que l’on oublie trop souvent de lire.
1 Corinthiens 11:5 : Toute femme qui prie ou qui prophétise…
Paul ne débat pas ici de la légitimité de la prise de parole des femmes. Il la présuppose. Il règlemente la manière dont elle s’exerce – non son existence. Les femmes prient. Les femmes prophétisent. En public. Dans l’assemblée. C’est le point de départ du passage.
Si Paul voulait interdire aux femmes de parler dans l’Église, il n’aurait pas commencé par régler la manière dont elles le font. Ce seul verset suffit à éclairer – et à corriger – toute lecture absolutiste de 1 Corinthiens 14.
2. La chaîne du verset 3 et le sens du mot « tête » (κεφαλή – kephalē)
1 Corinthiens 11:3 : Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef (kephalē) de tout homme, que l’homme est le chef (kephalē) de la femme, et que Dieu est le chef (kephalē) de Christ.
Ce verset est souvent cité comme l’établissement d’une hiérarchie à trois niveaux : Dieu → Christ → homme → femme. Mais une telle lecture soulève immédiatement une difficulté théologique majeure qu’il est impossible d’ignorer.
Si κεφαλή (kephalē) signifie ici « autorité hiérarchique impliquant une valeur supérieure », alors le Fils serait inférieur au Père – ce que Paul lui-même contredit explicitement :
Philippiens 2:6 : Christ, étant de condition divine, n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être égal à Dieu.
Ce que l’Église a ensuite défini dogmatiquement contre l’arianisme (qui nie la divinité de Jésus), Paul le pose déjà : le Fils est égal au Père en essence et en dignité, bien qu’Il Lui soit soumis dans Sa mission et Son économie. La relation Père-Fils est une relation d’origine et de rôle, non d’infériorité ontologique.
Ce constat est décisif : il signifie que dans cette chaîne, kephalē ne peut pas désigner une supériorité de valeur. Il désigne une relation d’origine et de source.
C’est précisément ce que soutient l’analyse lexicale. Le terme kephalē est utilisé dans la Septante et dans la littérature grecque contemporaine de Paul tantôt au sens de « chef » au sens militaire ou politique, tantôt – et c’est l’usage que Paul semble favoriser ici – au sens de « source », « origine », « principe vital ». Le spécialiste Richard Cervin, dans une étude lexicale rigoureuse (Does Kephalē Mean Source or Authority?, 1989), conclut que le sens de « source » est bien attesté dans la littérature grecque ancienne, et que rien dans le contexte immédiat de 1 Corinthiens 11 n’impose le sens d’autorité hiérarchique. Gordon Fee, dans son commentaire de référence sur 1 Corinthiens (The First Epistle to the Corinthians, NICNT), arrive à la même conclusion : Paul évoque ici une relation d’origine, pas de domination.
Cette lecture est confirmée par les versets 8-9, que Paul cite immédiatement pour illustrer son propos :
1 Corinthiens 11:8-9 : Car l’homme ne vient pas de la femme, mais la femme vient de l’homme ; et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme.
Paul renvoie au récit de la création – la femme tirée du côté de l’homme (Genèse 2). C’est bien une relation d’origine qu’il décrit. Pas une hiérarchie de valeur.
En d’autres termes : la chaîne du verset 3 ne subordonne pas la femme à l’homme. Elle décrit une relation d’origine et de mission – au sein d’une égale dignité.
3. Une affirmation décisive : la réciprocité
1 Corinthiens 11:11-12 : Toutefois, dans le Seigneur, la femme n’est point sans l’homme, ni l’homme sans la femme ; car, de même que la femme a été tirée de l’homme, de même l’homme existe par la femme, et tout vient de Dieu.
Ces versets sont le cœur théologique du passage, et ils empêchent toute lecture hiérarchique absolue. Paul établit une triple interdépendance :
- la femme dépend de l’homme (récit de la création)
- l’homme dépend de la femme (naissance, génération à génération)
- tous deux dépendent de Dieu (source ultime de toute vie)
La locution « dans le Seigneur » (en Kyriō) est très parlante. Elle indique que c’est en Christ que cette réciprocité trouve sa plénitude – reprenant l’affirmation de Galates 3:28 : « il n’y a plus ni homme ni femme ». Paul ne nie pas la distinction entre les sexes, mais il refuse qu’elle fonde une domination. Il introduit une dynamique d’interdépendance, non de subordination permanente.
Paul commence par une relation d’origine – et il la corrige aussitôt par une réciprocité totale. Ce mouvement n’est pas accidentel. C’est le cœur de son argument.
4. Le voile : un principe culturel de convenance, pas une loi universelle
Les instructions concernant le voile ou la coiffure doivent être comprises dans leur contexte culturel précis.
À Corinthe, une femme dont la tête n’était pas couverte selon les usages, pouvait être perçue comme socialement rebelle ou moralement suspecte. Paul ne légifère pas sur le vêtement pour tous les temps et toutes les cultures. Il veille à ce que le comportement des croyants ne compromette pas le témoignage de l’Évangile dans leur environnement immédiat.
Il insiste – c’est vrai. Ce qui montre que la question avait de l’importance dans ce contexte précis. Mais le principe transposable n’est pas le voile lui-même – rares sont les Églises qui ont maintenu le voile comme pratique universelle et permanente – ce qui témoigne d’une lecture culturelle implicitement partagée. C’est ce qui se trouve derrière : décence, ordre, respect des sensibilités culturelles au service de la mission.
Un exemple simple permet de saisir ce principe. Un chrétien invité à prêcher dans une église très conservatrice pourrait choisir de ne pas venir en jean, non parce que le jean est mauvais en soi, mais parce que cette tenue risquerait de distraire l’assemblée et de détourner l’attention du message. Ce n’est pas une question de règle vestimentaire – c’est une question de liberté mise au service des autres. Paul l’exprime clairement ailleurs : « Tout est permis, mais tout n’est pas utile » (1 Corinthiens 10:23). Ne pas être une pierre d’achoppement pour son frère ou sa sœur, c’est précisément cela : renoncer volontairement à une liberté légitime quand elle risque de nuire à la mission ou de blesser une conscience.
La forme est culturelle. Le principe est permanent.
5. « Avoir autorité sur la tête » (v.10)
1 Corinthiens 11:10 : C’est pourquoi la femme doit avoir une autorité (exousian) sur sa tête, à cause des anges.
Ce verset est l’un des plus mal compris du passage, et l’un des plus révélateurs.
Le grec dit littéralement : ἐξουσίαν ἔχειν ἐπὶ τῆς κεφαλῆς, « avoir autorité sur sa tête ». Il ne s’agit pas d’un signe de soumission imposé de l’extérieur, mais d’une autorité que la femme exerce elle-même sur sa propre tête – c’est-à-dire, sa liberté et sa responsabilité de décider comment elle se présente devant Dieu et la communauté. Philip Payne (Man and Woman, One in Christ, 2009) souligne que ce verset est en réalité une affirmation d’autonomie féminine, non de contrainte.
Quant à la mention des anges, elle reste l’une des expressions les plus obscures de toute la lettre. Les exégètes sérieux divergent sur son interprétation. Nous ne trancherons pas ici ; nous notons simplement qu’elle ne modifie pas le sens clair du verbe principal : la femme a autorité.
6. Conclusion
1 Corinthiens 11 ne limite pas le rôle des femmes dans l’Église. Il confirme leur participation active à des fonctions spirituelles majeures. Il encadre cette participation dans un souci d’ordre et de témoignage culturellement intelligible. Et il pose, au cœur du passage, une réciprocité totale entre l’homme et la femme, en Christ.
La chaîne du verset 3, loin d’établir une infériorité de la femme, ne peut être lue comme une hiérarchie de valeur sans tomber dans une hérésie christologique. Elle décrit des relations d’origine et de mission au sein d’une égale dignité.
Ce passage, bien lu, ne ferme aucune porte. Il en ouvre.
Là où Dieu appelle, aucune barrière humaine ne devrait subsister. Et 1 Corinthiens 11 – correctement compris – n’en pose aucune.
VI. ÉGALITÉ ET DIVERSITÉ : DEUX FACES D’UNE MÊME VÉRITÉ
Nous avons posé les fondements. Nous avons vu les visages. Nous avons répondu aux objections.
Une dernière précision s’impose – et elle est importante.
Nous l’avons montré pas à pas : aucune restriction universelle et définitive ne peut être bibliquement établie contre le ministère des femmes. Ce que certains passages semblent limiter, l’analyse contextuelle et linguistique révèle comme des mesures pastorales locales – non des lois permanentes.
Mais égalité ne signifie pas identité. Et liberté ne signifie pas uniformité.
Ce chapitre pourrait être mal compris. Certains lecteurs l’entendront comme une injonction : toutes les femmes doivent prêcher, diriger, occuper des fonctions visibles. Ce n’est pas ce que la Bible enseigne. Ce n’est pas ce que nous défendons.
Ce que nous défendons, c’est la liberté.
Qu’aucune porte ne soit fermée a priori par une interprétation humaine erronée. Que chaque femme puisse répondre librement à l’appel que Dieu lui destine – quel qu’il soit. Qu’aucun homme ne se croie autorisé à définir cet appel à sa place.
La liberté n’est pas une contrainte vers le haut. C’est l’absence de contrainte imposée de l’extérieur.
Une sœur appelée à l’intercession n’est pas « moins libérée » que celle qui prêche. Un frère qui sert dans l’ombre n’est pas inférieur à celui qui enseigne. Car dans le corps de Christ, la diversité des membres ne crée pas une hiérarchie de valeur, elle crée une complémentarité de fonctions.
Un pasteur est-il supérieur aux fidèles qu’il enseigne ? Non. Il exerce une fonction différente. Tous sont égaux devant Dieu. De même, une femme qui œuvre différemment d’un homme n’en est pas moins son égale en dignité, en valeur et en appel divin.
Paul le dit avec clarté :
1 Corinthiens 12:4-6 : Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; diversité de ministères, mais le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous.
L’égalité réside dans trois réalités – et dans trois seulement :
La dignité : même valeur devant Dieu.
L’accès : aucune porte fermée a priori.
La liberté : chacun répond à son appel sans contrainte humaine.
Elle ne réside pas dans l’obligation d’être identiques.
Retenons ceci : Dieu distribue les dons comme Il veut (1 Corinthiens 12:11). Personne – homme ou femme – ne doit retenir Sa main à cause d’une mauvaise lecture de Son œuvre.
CONCLUSION
Des lectures qui n’ont pas toujours rendu justice à la richesse des textes originaux ont parfois produit des doctrines que nous croyons non conformes à l’enseignement biblique dans son ensemble. L’une de leurs conséquences les plus navrantes : des femmes appelées par Dieu se sont tues. Elles ont renoncé au ministère qui aurait dû être le leur. Certaines se taisent encore.
Mais le temps est venu pour elles de se lever.
Chères lectrices chrétiennes, ce survol biblique et historique n’est pas une démonstration abstraite. C’est un rappel. Et un encouragement.
Ta place dans le Royaume de Dieu est pleine et entière. Pas conditionnelle. Pas tolérée. Pleine et entière.
Nous t’exhortons à te lever dans la liberté que Christ t’a acquise. À refuser les freins que des interprétations humaines ont posés sur ton appel. À embrasser avec hardiesse le ministère que le Saint-Esprit te confie – quel qu’il soit.
L’Église a besoin de ta voix. Le monde a besoin de ta voix. Ne la cache pas.
Frères – ce chapitre est aussi le tien. Il t’appelle à reconnaître, à encourager, à libérer les sœurs que Dieu a placées à tes côtés. À ne plus te substituer à Dieu pour définir ce qu’une femme peut ou ne peut pas faire dans Son Royaume.
L’Église ne peut pas avancer avec la moitié de ses forces. Tu ne peux pas avancer pleinement sans elles.
Là où Dieu appelle, aucune barrière humaine ne devrait subsister.
Une dernière parole – pour celles qui regardent de l’extérieur.
Si ton expérience du christianisme a été marquée par la marginalisation, la mise à l’écart, le silence imposé – sache ceci : ce n’est pas le cœur du message de Jésus. Ce n’est pas le Christ que nous suivons.
Le Christ que nous suivons a, le premier, honoré et libéré les femmes d’une manière révolutionnaire pour Son époque. Il les a relevées. Il les a écoutées. Il leur a confié le message le plus important de l’histoire humaine : Il est vivant.
Si tu cherches la vérité sur ce que Dieu pense des femmes, ne regarde pas l’institution. Regarde Jésus.
L’ensemble du témoignage biblique converge vers une affirmation que rien ne peut effacer :
La femme n’est pas moins que l’homme. L’homme n’est pas plus que la femme. Ils sont unis dans une égale dignité – cohéritiers de la grâce, appelés ensemble, sans distinction, à servir dans la plénitude des dons que l’Esprit distribue comme Il veut.
1 Corinthiens 12:11 : Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut.
Là où Dieu appelle, aucune barrière humaine ne devrait subsister.
Cet enseignement vous a intéressé ?
Il est extrait de Vivre la vérité, deuxième tome de la série Marcher par la foi, qui approfondit la vie chrétienne au-delà des premières fondations.